Labyrint

Labyrint est une maison d’édition fondée en février 2008 par trois Français établis à Copenhague. Elle a pour double ambition de promouvoir la littérature française contemporaine au Danemark et de changer certains préjugés locaux sur la littérature française. Pour ce faire, Labyrint se consacre à la traduction d’auteurs reconnus pour leur qualité stylistique, leur acuité sociologique et leur appartenance à un genre désormais majeur en France mais plus encore en Scandinavie, la littérature policière. En procédant à la traduction d’ouvrages contemporains et accessibles, Labyrint se propose de donner une image moderne et renouvelée de la littérature francaise et de répondre aux attentes d’un large public.

Pour s’implanter durablement au sein du paysage éditorial danois, Labyrint a choisi d’axer sa politique éditoriale autour de deux exigences strictes : la publication d’ouvrages français traduits en danois et le respect d’une logique éditoriale fondée sur une unité de genre littéraire : le roman policier.

Depuis une dizaine d’années, la littérature policière a acquis ses lettres de noblesse en France grâce au néo-polar et à certains de ses auteurs phares, tels que Jean-Patrick Manchette, Jean-Bernard Pouy ou encore Jean-Claude Izzo. De fait, les chiffres montrent que les tirages du polar en 2008 étaient deux fois plus importants que ceux de la littérature romanesque, confirmant ainsi la tendance de ces dernières années. Dans cette perspective, l’intention de Labyrint, pour sa première publication est de traduire Total Khéops, le premier ouvrage de la trilogie marseillaise de Jean-Claude Izzo, publié en France chez Gallimard.

La polar francais a non seulement connu un engouement extraordinaire ces dernières années, mais aussi une transformation que l’on peut qualifier d’unique à l’intérieur d’un genre littéraire. Un renouveau qui s’exprime tant par la variété des auteurs et des styles que par la multiplicité des profils psychologiques et des contextes sociaux-culturels décrits. Par ses voyages sans cesse renouvelés dans les tréfonds de l’âme humaine, la littérature policière propose un autre regard sur les sociétés, les cultures et les hommes qui les créent. Un regard souvent sombre et sans concession qui, à travers les ouvrages choisis par Labyrint, vous offrira une expérience littéraire saisissante.

Le roman policier… … ou la revanche des bas-fonds

Tout a commencé en 1841 avec ce double assassinat de la rue Morgue à Paris. L’auteur en était pourtant américain. Mais il fallait bien ce XIXème siècle industriel, noir, cet univers de grandes villes anonymes pour que du chaos naisse le crime. Le crime ou du moins le héros un brin atypique qui va tenter de le résoudre. Et, fait nouveau, entrainer le lecteur dans son enquête.

Des Etats-Unis d’E.A.Poe, on passe à l’Angleterre de Conan Doyle puis à la France de Maurice Blanc, qui crée le personnage du gentleman cambrioleur, Arsène Lupin. Le décor est planté, la trame immuable, le héros aussi. Dès cet âge premier du roman policier, le fait marquant est que le héros est toujours un personnage hors norme. : célibataire endurci ou coureur de jupons, plus ou moins alcoolique ou cocaïnomane, vaguement bohème, le héros ne se confond pas avec les valeurs bourgeoises de son temps, même si sa tâche est de les rétablir…

Au sortir de la première époque industrielle, les années 20 aux Etats-Unis sont en pleine Prohibition. La mafia se développe, corruption, argent et lutte pour le pouvoir gangrènent une société qui a fait fi de l’idéal chevaleresque des western. Et c’est encore dans ce pays que nait le second âge du roman policier : le roman noir. Le décor est toujours plus sombre, on évolue dans les bas-fonds de la société : les cadavres s’empilent, la violence règne, la police elle-même n’est plus garante de l’ordre social et le héros, désormais pâle figure du rédempteur, souvent atteint à son tour par la déliquescence de la société, voit le monde en noir. En France, la « Série noire » (chez Gallimard) créée et dirigée par Marcel Duhamel, fait connaitre à un public de plus en plus enthousiaste le roman noir américain, avant de révéler plus tardivement les auteurs français du genre : Jean Amila ou Léo Malet.

Le célèbre commissaire Maigret de Simenon apparait également dans cette période, même s’il s’écarte du genre noir. C’est que, dans la France de l’après-guerre, retour aux valeurs morales et idéal de justice imprègnent l’esprit du temps et le commissaire débonnaire, avec sa pipe et son pardessus, qui ,par la seule force du raisonnement, débusque les coupables correspond bien à cette aspiration au rétablissement de l’ordre.

1968 : les séquelles de la deuxième guerre mondiale s’effacent, on est en pleine croissance économique et d’ébullition des idées qui vont changer le monde. Effervescence politique, intellectuelle, vent de révolte contre le vieil ordre moral, contestation sociale. Sartre définit le concept d’écrivain engagé. Une nouvelle génération d’auteurs voit le jour : et le néo-polar nait quand éclate l’Affaire N’Gustro en 1971, sous la plume de J.P. Manchette. Lien occulte pouvoir politique/crime, dénonciation de la « politique africaine » de la France, Manchette ancre résolument le genre dans l’engagement, en voilant à peine l’Affaire, réelle, du leader tiers-mondiste Ben Barka sous celle de N’Gustro. Désormais le roman policier devient accusateur et ses véritables criminels sont du côté du pouvoir et de l’argent. 30 ans de crise économique et sociale en France n’ont pas peu contribué à l’épanouissement du genre grâce à des auteurs comme Daeninckx, Izzo, Benacquista ou Jonquet, inlassables pourfendeurs de nos dysfonctionnements particuliers ou collectifs.

Mais si le néo-polar connait aujourd’hui un tel engouement , c’est aussi qu’il a su acquérir ses lettres de noblesse, d’abord et avant tout grâce à ses qualités purement littéraires et stylistiques. Longtemps considéré comme de la sous-littérature, il est désormais objet d’études universitaires, ses auteurs sont conviés à la table des grands, publiés parfois indífféremment dans les séries noires ou les séries « classiques ». La Série noire de Gallimard a d’ailleurs fait des émules : plusieurs collections d’éditeurs sont désormais exclusivement dédiées au polar. De nombreux festivals et prix littéraires lui sont consacrés…

Le roman policier fait désormais partie de la grande littérature.
Franske krimier udkommer på dansk (en danois)